EPR : Thomas Piquemal, le directeur financier d’EDF démissionne

Le projet de réacteur nucléaire à Hinkley Point en Angleterre a du mal à convaincre, même en interne. Le directeur financier d’EDF, Thomas Piquemal, a démissionné. Il conteste la faisabilité du projet de l’EPR anglais.

EDF a confirmé ce lundi son départ et annoncé son remplacement «  à titre provisoire  » par Xavier Girre, jusqu’ici directeur financier pour la France de l’électricien. Cette démission a fait plonger ce lundi matin le titre du géant de l’électricité à la Bourse de Paris  : à 9h06, la valeur perdait 8,13 % à 9,97 euros, alors que l’indice Cac 40 lâchait 0,43 %.

Le désaccord porte «  sur la faisabilité à court terme  » de ce projet gigantesque de 18 milliards de livres (23,2 milliards d’euros), pour lequel le géant français de l’électricité tarde à prendre une décision finale d’investissement, ultime étape pour sa concrétisation.

« Il faut prendre ses responsabilités »

Le directeur financier ne souhaitait pas précipiter ce projet qui inquiète les syndicats du groupe détenu à 84,5 % par l’Etat français. «  Il a estimé qu’à un moment, il fallait prendre ses responsabilités  », a-t-elle précisé. EDF n’a pas souhaité faire de commentaire. Les syndicats craignent que le coût de la construction de deux réacteurs EPR, dans le sud-ouest de l’Angleterre, ne menace l’existence d’EDF et demandent le report du projet, après la signature en octobre 2015 d’un accord commercial avec l’entreprise publique chinoise CGN, qui doit supporter un tiers du financement.

«  L’EPR, une impasse économique  » pour Jean-Vincent Placé

Pour Jean-Vincent Placé, secrétaire d’Etat écologiste à la Réforme de l’Etat, Thomas Piquemal «  n’est pas un anti-nucléaire, il n’est pas pour la sortie du nucléaire. Et pourtant il dit ce que nous disons depuis 15 ans, c’est-à-dire que l’EPR est une impasse économique, industrielle et commerciale  ».

«  Je le dis et je l’assume. Triplement du coût de Flamanville, le réacteur finlandais on ne sait pas où on en est (…), et la fuite en avant à Hinkley Point (Angleterre), sur un sujet aussi lourd, cela doit interroger la stratégie d’EDF  ». «  Je le dis très clairement, cet argent, ces milliards, ils seraient bien mieux sur les énergies renouvelables, bien mieux sur la recherche et développement…  ».

Lors de la publication des résultats annuels d’EDF mi-février, le PDG Jean-Bernard Lévy avait assuré que cette décision finale était «  très proche  ». La France et la Grande-Bretagne avaient réaffirmé jeudi dernier leur attachement au projet, qualifié de «  pilier  » de leur relation bilatérale.